Tome 1 Dévastation, extrait à lire : Chapitre 2

illustration par Marion Parsy. Tous droits réservés

Et voici le chapitre 2. Bonne lecture 😉

Gavannha

En sous-vêtements, Gavannha se tenait debout, les chevilles enfoncées dans la lagune turquoise qui s’étendait face à lui. Des petites vaguelettes s’échouaient sur le sable fin après lui avoir caressé les chevilles. Parfois, des morceaux de coraux morts glissaient contre ses orteils. Un léger sourire lui étira les lèvres : il aimait la fraîcheur revigorante de l’eau contre sa peau. Durant un instant, il observa son reflet déformé par l’océan et éprouva un moment de satisfaction. Malgré trente ans d’emprisonnement sur cette île déserte, son corps avait conservé sa musculature de guerrier. Il y veillait : tous les jours, il nageait plusieurs heures et pratiquait les arts martiaux enseignés par son ancien maître. De même, il se rasait la barbe et les cheveux chaque matin, car maintenir une apparence impeccable l’aidait à rester sain d’esprit.

Soudain, il sentit un moustique se poser sur son bras. D’un geste vif, il écrasa l’insecte sur sa peau, devenue aussi noire que l’ébène à cause du soleil artificiel de la Godéranie. D’une pichenette, il expédia le petit cadavre dans l’eau. Une légère brise se leva alors ; il l’accueillit avec joie, car celle-ci le rafraîchit un peu. Derrière lui, les feuilles des palmiers et des cocotiers se mirent à bruisser. Un peu plus loin, des perroquets se chamaillaient bruyamment autour de fruits qui macéraient à terre. Sur sa droite, des chauves-souris bravaient déjà la lueur déclinante du jour et se mettaient en chasse.

— Naguère 1er aurait pu choisir pire endroit pour m’emprisonner, murmura Gavannha en songeant que le roi de Chitosa perdue avait envisagé des îles au large des mers glacées d’Artica.

Son regard se perdit ensuite vers le Dôme de Godéramée, qui se tenait plusieurs dizaines de kilomètres au-dessus de lui et qui recouvrait l’ensemble de la Godéranie. Une tempête rageait à l’extérieur. Un nuage de poussière orangée couvraient l’horizon tandis qu’une pluie de roches grêlait contre la barrière transparente aux teintes bleutées.

Soudain, une voix bien connue brisa sa solitude.

— Tu es de ceux qui veulent traverser le Dôme et mourir dehors, au milieu de la dévastation ?

Une vague d’amusement traversa Gavannha. Pour beaucoup, les tempêtes incessantes et la rareté de l’oxygène empêchaient le développement de toute vie à l’extérieur. Par son ancienne fonction de maître espion de Chitosa perdue, il savait que la réalité battait ces fables en brèche. Mais de toute évidence, Jaméo, son successeur, manquait de temps pour consulter tous les flux d’information transitant par son bureau. Autrement, il aurait su…

Gavannha se retourna et étreignit son visiteur, ravi que ce dernier ait pris le temps de venir jusqu’à lui.

— Pour tout te dire, je rêvais juste de liberté, lui révéla-t-il. Rien de plus normal, je pense, après trente années d’emprisonnement sur cette île déserte.

Puis, il s’écarta de son ancien protégé et l’observa. Vêtu d’une chemise blanche de et d’un pantalon noir de haute facture, Jaméo accordait toujours autant d’attention à sa garde-robe et à son apparence. Gavannha remarqua cependant les larges poches qui trônaient sous les yeux de son ami et les cheveux grisonnants qui coloraient désormais ses tempes noires. Malgré ces signes de fatigue, les yeux de l’homme semblaient toujours durs et volontaires. Naguère 1er n’a toujours pas réussi à en faire sa marionnette, conclut l’ancien maître espion avec satisfaction.

— Tu as choisi l’emprisonnement à la grandeur, cingla alors Jaméo avec humeur. Je ne vais pas pleurer sur ton sort.

Pourquoi revenir encore et toujours sur ce même point ? pensa Gavannha avec agacement. À haute voix, il répliqua :

— Qu’aurais-tu préféré ? Une rébellion contre Naguère 1er ? Mon exécution ? La fuite ? À tous points de vue, cette île s’avérait le meilleur compromis possible et tu le sais. Nous avons évité la guerre civile et toi, tu as hérité de mon poste. Tu n’as pas à te plaindre, que je sache !

Il tourna le dos à son ami et reposa les yeux sur la lagune. Néanmoins, il décida de changer de sujet pour apaiser la tension naissante entre lui et son ancien protégé ; seule une poignée de personnes étaient autorisées à venir le voir et il pouvait se passer parfois une année entre deux visites.

— Quelles sont les nouvelles du palais ? demanda-t-il.

Jaméo demeura muet. L’ancien maître espion cessa de contempler l’eau et reporta son regard en direction de son successeur. Celui-ci se mordait les lèvres, comme s’il hésitait. L’espace d’un instant, Jaméo parut sur le point de parler, puis, il se ravisa. Finalement, il déclara :

— Rien de très nouveau. Plus le temps passe et plus la souveraineté de Naguère 1er s’érode.

Gavannha hocha la tête d’un air entendu.

— S’il y a une solution à la crise actuelle, Naguère 1er la trouvera, répondit-il platement en attendant que son ancien protégé daigne lui révéler ce qui le tracassait.

D’un geste vif, Jaméo écrasa un moustique contre son cou.

— Sales bêtes, grommela-t-il.

Il tapa son index à deux reprises contre le dos de sa main. Une lumière verdâtre les engloba tous deux, chassant les insectes qui leur tournaient autour à la recherche de nourriture. Le sort eut également pour effet de tempérer le climat tropical ; Gavannha sentit une vague de fraîcheur insolite lui caresser la peau. Il ferma les yeux, se délectant de la sensation. Lorsqu’il les rouvrit, il remarqua que la transpiration avait disparu du front de Jaméo. Celui-ci dit :

— Les gens évoquent régulièrement ton retour. Ils demandent où tu es. Certains croient que tu es retenu dans les geôles du palais. Ceux-là parlent de fomenter un complot pour te libérer.

Habitué à remarquer des détails comme celui-ci, Gavannha vit que Jaméo triturait sa bague en or, symbole de son allégeance à Naguère 1er. D’emblée, il sut qu’il n’apprécierait pas la suite.

— Nous sommes fatigués de ce roi. Nous voulons quelqu’un de droit… quelqu’un doté d’un sens de la compassion. Je ne veux pas d’un monarque qui nous anéantira tous pour se venger des trois sages. Je veux te servir, toi…

L’ancien maître espion serra les dents. Avec un calme qui le surprit lui-même, il répondit :

— Les gens sont libres de penser et croire ce qu’ils veulent. Mais tout comme toi, les sujets du royaume m’ont idéalisé. Chitosa perdue n’avait pas besoin de ma supposée compassion à l’époque. Et d’après ce que je peux en juger, ce n’est pas de ma supposée compassion dont elle a besoin à présent. Mon emprisonnement sur cette île… est le fruit d’un accord avec Naguère 1er. Je sais que travailler avec lui est une épreuve de tous les instants, mais il est le meilleur choix possible étant donné les circonstances. Et en toute honnêteté, je ne veux pas devenir roi. Réserve donc tes forces pour abattre les sages au lieu de penser à un régicide.

Tous deux s’affrontèrent du regard. À travers cet échange silencieux, Gavannha devina le scepticisme de son ancien protégé. Cependant, après de longues minute, ce dernier détourna les yeux, comme pour admettre sa défaite. Jaméo mit les mains dans ses poches et déclara :

— Dommage. Avec les bouleversements actuels, un changement de souverain aurait été idéal.

— Que veux-tu dire ?

— Madelin a été assassiné hier matin, déclara-t-il d’une voix trop tranquille pour annoncer une pareille énormité. C’est pour cette raison que je suis venu te voir aujourd’hui.

À ces mots, les jambes de Gavannha se dérobèrent ; il tomba à genoux sur le sable blanc. La menace pesait depuis plusieurs siècles et il avait eu le temps de s’y préparer autant que possible. Pourtant, ce ne fut pas la colère qui l’emporta d’emblée, comme il l’avait toujours imaginé, mais un vide terrible et humiliant. Il ne pouvait ni bouger ni penser. Il était comme mort.

Lorsque le choc passa, il prit conscience que Jaméo se tenait à ses côtés. Plein de sollicitudes, celui-ci posait ses mains sur les épaules de son ancien mentor. Malgré lui, Gavannha demeura fasciné par le contraste que faisaient les doigts de son successeur – d’une blancheur laiteuse – sur la noirceur profonde de sa propre peau.

— Ça va ? s’inquiéta Jaméo.

Gavannha serra les poings. Sentir ses muscles se bander l’aida à reprendre pied dans la réalité. Il demanda :

— Que s’est-il passé ?

— Les trois sages ont découvert son lieu de résidence sur Terre. Pire encore, l’assassin qu’ils ont envoyé a obligé Madelin à utiliser la magie devant les Humains. Il y a même une vidéo de l’affrontement sur Internet. C’est l’effervescence là-bas.

— Comment a réagi l’OPP ? Est-ce que ses membres ont envoyé des messagers auprès des gouvernements de la Godéranie ? Est-ce qu’ils ont compris que ce meurtre n’est qu’un prélude à Cela ? Est-ce qu’ils ont commencé à migrer sur Terre pour protéger les Humains ?

Jaméo répondit d’un signe de tête négatif et ajouta :

— Tous les membres de l’Organisation sont morts en même temps que Madelin. Même les orphelins qu’ils recueillaient. C’était une attaque coordonnée. Le travail du sage S sans l’ombre d’un doute.

Gavannha se mordit la lèvre inférieure. Il imagina les universités de l’OPP en train de brûler et les cadavres des enfants ou des étudiants gisant un peu partout… des petits macchabées vêtus de robes blanches tachées de sang. Il resta de longs instants sans parler, puis, finalement, il parvint à se relever. Jaméo déclara alors :

— Cela ne sera pas lancé avant demain, je pense. Même si c’est prêt depuis longtemps, un sort d’une telle envergure ne se déclenche pas instantanément. Nous avons encore le temps de nous y opposer.

Gavannha le regarda avec étonnement, comme s’il venait tout juste de découvrir chez lui une stupidité incurable.

— Il est trop tard ! s’exclama-t-il. Il nous aurait fallu réagir il y a deux siècles. Mais non, dans leur profonde sagesse, les dirigeants de la Godéranie ont décidé de temporiser et de négocier.

Déformée par la fureur, la voix de Gavannha prit des intonations hystériques :

— Naguère 1er et moi, nous les avions prévenus. Mais ils craignaient qu’une guerre pousse les sages à lancer Cela. Ils pensaient que Cela n’était qu’un moyen d’éviter toute invasion étrangère. Avec une menace pareille, qui aurait osé précipiter le destin de l’Humanité toute entière en attaquant l’Husdamore ? Ces crétins n’ont jamais saisi que les sages ne jouaient pas dans leurs jeux étriqués de gouvernants. Ce sort avait d’autres buts que la simple préservation de leurs frontières. C’était évident ! Maintenant, tout est trop tard ! C’est fini !

Avec difficulté, Gavannha desserra les dents.

— Je pensais envoyer une force d’invasion, intervint Jaméo. Rien de très coordonné ; nous n’en aurions pas le temps. Je veux expédier des Nôstres sur des plateformes de déplacement rapide. Ils ameuteraient les opposants des sages sur leur chemin et attaqueraient Sageopolis en masse.

Gavannha secoua la tête. Une telle manœuvre échouerait. Il le savait. Trop peu de Nôstres répondraient à l’appel, car tous craignaient les sages. Tant que l’horreur du crime ne s’étalerait pas devant leurs yeux incrédules, l’ensemble de la Godéranie opterait pour la neutralité. Avant de répondre à Jaméo, il respira profondément. Sa fureur perdit un peu de sa virulence :

— C’est une attaque surprise qui n’aboutira à rien d’autre que la mort de ses participants. Cela ne sera pas arrêté.

— Alors nous devons nous contenter d’observer le désastre ? fit son ancien protégé d’une voix acerbe.

— Non, tu as raison. Nous devons intervenir. Nous devons réunir un conseil de guerre, assembler une armée et attaquer l’Husdamore.

Plusieurs mois de négociations avec les autres pays de la Godéranie seraient nécessaires. Cependant une offensive coordonnée avait plus de chances d’anéantir les sages qu’une attaque suicide. Et une fois l’Humanité anéantie, les autres nations n’auraient aucun autre choix que d’attaquer l’Husdamore. Car si Godéramée Elle-même intervenait, personne ne survivrait à Son courroux…

Un léger sourire étira les lèvres de Jaméo.

— Naguère 1er avait prévu que tu conseillerais cette voie-là. Il voudrait que tu pilotes toutes les tractations.

À ces mots, Gavannha lui jeta un regard estomaqué.

— Es-tu en train de me dire que… je suis libre ?

— Le roi te préfère en activité par les temps qui courent.

Le prisonnier fixa son visiteur pendant de longues secondes. Il tenta de découvrir si Jaméo suivait bien les ordres de leur monarque ou s’il prenait une initiative dangereuse. Comme s’il comprenait le dilemme de son ancien mentor, Jaméo dit :

— Naguère 1er veut venger sa famille. Il ne reculera devant rien pour marcher sur les cadavres des sages et leur cracher dessus. Au fond, il avait peur qu’en devenant roi, tu réorienterais la politique de notre pays. Mais à présent que la guerre est inévitable, il n’a plus besoin de te maintenir à l’écart.

Il a raison ! exulta Gavannha. Enfin libre ! Une irrésistible envie de bondir dans tous les sens s’empara de lui. Il la contint avec difficulté. Un sourire irrésistible lui étira néanmoins les lèvres.

— Tu vas conduire les tractations auprès de Naguère 1er ? demanda Jaméo.

Durant un instant, l’ancien maître espion de Chitosa perdue réfléchit aux implications d’un éventuel retour auprès du roi. Les interminables controverses. Les manigances et manœuvres politiques sans fin. Mais surtout, l’épuisement moral et psychologique. Aucun avantage ou perspective plaisante ne lui vint en tête. Après tout, le pouvoir ne l’avait jamais intéressé. Il s’était engagé en politique dans le seul but de disposer d’assez de ressources pour retrouver son fils. Et malgré tous ses efforts, il n’avait obtenu aucune information probante sur lui. Désormais, il soupçonnait que Takuba était mort et les trente années passées sur cette île l’avaient d’ailleurs aidé à faire son deuil.

Désormais, Gavannha souhaitait mener une vie paisible, loin des remous politiques de Chitosa perdue. Godéramée Elle-même pouvait en témoigner : il avait mené sa part du combat contre les sages et il en avait payé le prix fort.

— Non, répondit-il. Je ne retournerais jamais en Chitosa perdue. Je suis absent depuis trop longtemps pour faire une réelle différence. Et j’en ai fini avec tout ça. Je retourne sur Terre. Je vais essayer de sauver autant d’Humains que possible des griffes de Cela. Et après… je verrai.

À ces mots, Jaméo sursauta.

— Mais tu enfreindrais la Nobilianiti en faisant ça !

Gavannha haussa les épaules.

— L’extermination des Humains rendra caduc les Commandements de Godéramée. Notre code d’honneur devra évoluer. Et si quelqu’un essaie d’abattre sur moi la justice des Nôstres à cause de mes choix, je risque de ne pas me montrer très coopératif.

Jaméo conserva le silence et Gavannha comprit que le débat était clos. Sans un mot supplémentaire, il emprunta le sentier qui fendait la jungle compacte en deux. Comme de coutume, il prêta une attention soutenue aux bruits qui l’environnaient ; une espèce très agressive de varans habitaient les lieux et ils attaquaient parfois s’ils sentaient de la nourriture. Néanmoins, seul le piaillement des oiseaux retentissait.

Très vite, il arriva sur une zone rocheuse escarpée où la végétation peinait à s’installer. Durant plusieurs minutes, il grimpa sur des rocs, puis il escalada une paroi de plusieurs mètres de hauteur. Finalement, il parvint au sommet d’une petite colline d’où il pouvait apercevoir l’ensemble de l’île. À un kilomètre des côtes, se tenait un bateau où vivaient les gardes de sa prison. Grâce à la magie, ces derniers le suivaient en permanence et ils avaient ordre de le tuer s’il bafouait les termes de son accord avec Naguère 1er.

— Plus pour longtemps, murmura-t-il. Bientôt, je retrouverai l’usage de la magie et je serai libre.

Gavannha prit la direction de la paillote juchée sur au centre de la colline rocheuse. Il observa avec mépris l’habitation où il avait vécu ces trente dernières années. Elle se résumait à quatre murs branlants construits avec de l’écorce de bambou tissé. À l’intérieur, un matelas de plume éventré occupait la majeure partie de l’espace. Ici et là, des ustensiles de cuisine gisaient à même le sol rocailleux. Quatre jarres servant à stocker de l’eau potable étaient regroupées dans un coin. Son regard se tourna vers l’étagère branlante où trônait une petite pile de vêtements rapiécés. En toute hâte, il s’empara de ces derniers et les fourra dans un sac troué. Le reste pouvait brûler ou rester à pourrir, il s’en moquait. Il ressortit.

Jaméo l’attendait devant l’entrée. Ils échangèrent un sourire de connivence. L’ivresse de la liberté animait Gavannha, même s’il savait que son emprisonnement ne cesserait qu’au moment où son ami retirerait le tatouage en forme de couronne occupant la moitié de son dos : son encre, très spéciale, coupait son accès à la magie ; certes cette dernière circulait encore dans son organisme, mais il ne pouvait plus s’en servir. Il désigna donc son tatouage et dit :

— Enlève-moi cette saleté, veux-tu ?

— Avec plaisir, répondit Jaméo.

Une lame de lumière blanche jaillit alors de son index. Elle était plus fine qu’un scalpel, mais bourdonnait comme une nuée d’abeilles.

— Je n’ai jamais fait ça, prévint-il.

— Dans tous les cas, tu me feras mal, répondit Gavannha en haussant les épaules.

Jaméo entreprit de découper la chair. Malgré la douleur lancinante et le sang qui coulait abondamment sur sa peau, l’ancien maître espion n’esquissa pas la moindre grimace. Je suis libre ! répétait-il en boucle dans sa tête. La sensation était exhilarante.

À l’instant précis où le contact entre son corps et l’encre fut rompu, il perçut la résurgence de la magie dans son organisme. Tant de force à sa disposition… Tant de vigueur… Son sourire s’élargit encore.

Les mains ensanglantées, Jaméo jeta le morceau de chair un peu plus loin. Il déclara :

— D’ici un jour ou deux, tu devrais arrêter de saigner, je pense.

Gavannha jeta un bref regard sur son dos. Peu importait. Il avait survécu à bien pire durant la Guerre Éclaire.

— Ça fait quel effet ? demanda son ancien protégé.

— C’est comme si quelqu’un m’offrait une seconde jeunesse.

Jaméo lui lança un regard dubitatif et rétorqua.

— Comme la magie coulait encore dans ton organisme, tu n’as pas pris une ride. D’un point de vue biologique, tu as toujours l’air d’avoir vingt-cinq ans.

— Je parlais d’un point de vue psychologique. C’est le même vertige. Percevoir toutes ces possibilités et n’avoir qu’à choisir une direction…

Son successeur hocha platement de la tête, avant de réorienter la conversation.

— Tu comptes vraiment te rendre sur Terre ?

Gavannha acquiesça.

— Naguère 1er va être furieux, dit Jaméo. Je lui expliquerai que tu m’as échappé au moment où j’ai enlevé ton tatouage.

— Ce ne sera pas nécessaire.

L’ancien prisonnier planta ses yeux dans ceux de son ami.

— S’il me voulait à ses côtés, il aurait mandaté un garde du corps royal qui m’aurait escorté au palais sans même prendre la peine de m’enlever le tatouage. À mon avis, il se méfie de toi. En te demandant de me libérer, je pense qu’il essaie de t’amadouer et d’adoucir la tension qui vous sépare. En un sens, c’est bon signe : il croit avoir besoin de tes services. Mais si je ne m’abuse, c’est la dernière étape avant ta mise à pied, voire pire. Ne sous-estime jamais le roi. Tu risquerais de le payer cher.

Jaméo opina de la tête avec gravité.

— J’ai vu comment votre partenariat a fini. Je ne risque pas de commettre la même erreur.

— Faisons un petit bout de chemin ensemble, proposa alors l’ancien maître espion. J’aimerais te convaincre d’envoyer des troupes pour sauver le plus d’Humains possible.

— Avec plaisir.

Jaméo se baissa et donna une petite tape sur le sol. Aussitôt, un rectangle de verre de plusieurs mètres de longs se matérialisa au niveau de leurs genoux. Il flottait sans le moindre bruit, mais tremblait un peu à cause de la brise.

— Votre plateforme de déplacement rapide est avancée, Monsieur.

Gavannha la caressa du bout des doigts, un large sourire aux lèvres.

— Tout ceci me manquait, avoua-t-il.

Il grimpa dessus. Le véhicule magique tangua un peu ; Jaméo n’avait jamais été très doué pour ce type de sorts… Ils quittèrent l’île quelques instants plus tard en direction du nord-ouest, là où se trouvait le passage magique entre la Godéranie et la Terre.

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