Pourquoi j’ai décidé de réviser Dévastation (Tome 1 de Chroniques d’une dévastation annoncée)

illustration par Marion Parsy. Tous droits réservés

illustration par Marion Parsy. Tous droits réservés

Demandez à tous les artistes ou écrivains que vous croisez. L’une des choses les plus difficiles à faire dans l’acte créatif est sans l’ombre d’un doute d’accepter l’imperfection de l’œuvre. Pour ma part, j’ai tendance à revenir sur des petits détails, sur des phases du récit et de ne jamais être satisfait du résultat au point de ne jamais vouloir montrer mon travail à personne. À ce sujet, on m’a un jour parlé d’un peintre qui a poussé le vice très loin. Profondément insatisfait de l’une de ses toiles, il est allé dans le musée où était exposée son œuvre depuis des années et, armé d’un pinceau, il a procédé à des retouches devant les yeux ahuris des visiteurs, avant de se faire arrêter par la sécurité… Je pense que nous sommes beaucoup dans ce cas-là. Certains auteurs avouent d’ailleurs soumettre un manuscrit à un éditeur seulement lorsqu’ils ne supportent plus de lire leur propre texte.

En mars 2017, fort des conseils reçus à droite et à gauche, je croyais avoir atteint un niveau au-delà duquel je ne pouvais plus améliorer le tome 1 de ma tétralogie. J’ai donc décidé de le publier. Je pense que mon erreur a été de mal comprendre les retours de mes béta-lecteurs. À l’époque, je ne voyais dans leurs commentaires que des points de détail, alors que des problèmes récurrents jalonnaient tout le texte. Et en travaillant sur d’autres manuscrits, j’ai compris que les défauts de mon tome 1, loin d’être anecdotiques, s’avéraient vraiment dommageables pour l’ensemble du récit. En effet, mis à part quelques irréductibles fans, mes lecteurs délaissaient tous le livre après un peu plus de deux cents pages. Le problème dépassait donc ma simple incapacité à accepter l’imperfection de mon texte.

Parce que j’ai toujours eu le souci de produire les meilleurs livres possibles, j’ai donc décidé de revenir sur ce récit et de le corriger dans son intégralité.

Voici les plus grosses erreurs commises :

La structuration de l’information ou « learning curve » (Expression de Brandon Sanderson)

Lorsqu’on écrit comme moi de la SF ou de la Fantasy, à la différence d’un ouvrage de littérature dite « classique », le lecteur ne connaît pas l’univers où l’auteur fait évoluer ses personnages. Le lecteur ne connaît ni le contexte ni les enjeux de ce « nouveau monde ». Il est donc très aisé pour lui de se sentir perdu ou de se poser une multitude de questions, voire, dans le pire des cas, de trouver des incohérences au récit. Un écrivain de SFFF doit donc introduire ces éléments de contexte au goutte à goutte de manière à donner une cohérence globale à son univers.

Dans mon tome 1, j’ai commis plusieurs erreurs à ce niveau-là.

  • Pour éviter de perdre mes lecteurs, j’ai donné trop d’information de contexte dès le début, ce qui donnait lieu à plus de questions et d’incompréhension encore…

  • Qui plus est, erreur de débutant que j’avais pourtant déjà bien reprise dans les versions précédentes de mon texte, certaines de mes scènes d’exposition avaient le défaut d’introduire beaucoup de ces informations en Tell, plutôt que de les montrer par les actions ou les pensées de mes personnages.

  • Enfin, je me suis perdu dans des paragraphes explicatifs et pseudo philosophiques qui n’intéressaient au final que moi-même…

Le résultat de ces erreurs a été le suivant : non seulement les lecteurs se perdaient ou s’ennuyaient au cours de ces explications, mais en outre ils retenaient difficilement les caractéristiques de mon univers, jugé trop dense. Il s’agit, je pense, d’une première explication aux difficultés qu’ils rencontraient durant la lecture. Je dirais même qu’il s’agit de LA raison pour laquelle ils abandonnaient le livre aussi vite.

Pour corriger ces erreurs, j’ai donc décidé de revoir intégralement la manière dont je présentais mon univers : j’ai supprimé ces explications rébarbatives et j’ai créé des mises en scènes qui illustraient le monde dans lequel mes personnages évoluaient. De cette manière, je pense dynamiser bien davantage mon récit, le rendre plus attrayant et plus abordable.

Les digressions philosophiques seront, quant elles, intégralement supprimées, sauf si elles illustrent les croyances ou les idéologies de mes personnages.

La caractérisation de deux personnages principaux et de nombreux personnages secondaires

Au bas mot, ma tétralogie comporte près d’une cinquantaine de personnages. C’est beaucoup. Probablement trop, car cela signifie qu’un lecteur devra tous les retenir. Au début, je souhaitais en supprimer le plus possible pour simplifier la tâche des lecteurs. Après réflexion, je me suis dit que cette amputation aurait une conséquence dommageable pour le récit : cela simplifierait à outrance la complexité des situations et du contexte. Qui plus est, la chose est courante dans certaines séries américaines et je trouve que certains personnages secondaires évoluent bizarrement pour entrer dans le schéma narratif dévolu à plusieurs personnages. J’ai donc renoncé à tailler dans mon manuscrit à ce niveau-là.

En revanche, là où je peux améliorer les choses, c’est dans la caractérisation de mes personnages secondaires, qui ont tendance à être, d’après plusieurs retours, un peu caricaturaux et donc à manquer de crédibilité. J’ai donc décidé de renforcer leurs interactions avec les personnages principaux pour leur donner davantage de consistance. Je vais également les faire interagir davantage les uns avec les autres.

Enfin, je pense avoir insuffisamment défini les enjeux de deux de mes personnages principaux. Et là, il s’agit selon moi d’un problème de taille. Non seulement ils perdent en crédibilité parce que le lecteur a parfois des difficultés à comprendre leurs réactions, mais en plus le récit perd en dynamisme à cause de longueurs inutiles. Pour corriger le tir, je vais donc définir pour chacun de mes personnages principaux un enjeu majeur et un ou deux enjeux secondaires. Et surtout, je vais m’y tenir, quitte à abandonner certaines intrigues secondaires.

Descriptions et interactions de mes personnages avec leur environnement

Pour éviter les longueurs (et parce que, en tant que lecteur les descriptions ont tendance à m’ennuyer), j’ai eu tendance à écrémer le plus possible mes descriptions pour ne conserver que le strict minimum. Si cela partait d’une bonne intention, le résultat de cette correction s’est révélé très insatisfaisant. En effet, mes béta-lecteurs trouvaient que les personnages évoluaient dans des décors un peu vides. En définitive, ils peinaient à visualiser les scènes et donc à se laisser porter par l’histoire.

Pour chaque scène, je vais donc retravailler mes descriptions et faire en sorte que mes décors deviennent « réels » en obligeant mes personnages à interagir avec leur environnement.

Le style

Au risque de vous surprendre, à l’exception d’éventuelles tournures maladroites, de lourdeurs de style ponctuelles ou parfois de phrases trop longues, mes lecteurs trouvaient globalement que ma façon d’écrire était fluide. Je ne vais donc procéder qu’à des changements mineurs de ce côté-ci. Je vais veiller à certaines tournures et structures de phrases récurrentes, mais guère plus (ouf ! Tout ne peut pas être à revoir !).

En conclusion, je suis convaincu que toutes ces corrections vont fluidifier la structure du texte et surtout dynamiser la lecture. Je pense cependant que le manuscrit risque de gonfler un peu (peut-être une cinquantaine de pages). En fin de corrections, je devrai peut-être couper certains passages, mais je pense que la tendance restera à la hausse. Qui vivra verra.

À ce sujet, j’annonce d’ores et déjà que je vais essayer de publier un extrait de mon manuscrit tous les mois après cette ultime révision.

Voilà, j’espère que cette autocritique d’un auteur sur son texte en gestation vous aura intéressé un tant soit peu…

2 Comments on "Pourquoi j’ai décidé de réviser Dévastation (Tome 1 de Chroniques d’une dévastation annoncée)"

  1. Coucou! Je l’ai dit sur le forum cocyclics que j’avais envie de connaitre la suite de ton histoire, du coup je fais une visite de ton site internet et j’ai trouvé cet article très intéressant. Merci pour ce partage, je te souhaite bon courage pour la réécriture!

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