Quelques trucs pour retoucher un personnage raté

Brandon Sanderson détaille un certain nombre d’outils pour permettre de comprendre comment chaque personnage affecte le lecteur. Ici, je tiens à préciser qu’il s’agit de « trucs », d’astuces d’auteur. Il ne s’agit pas d’une recette à suivre. Lui-même n’y recoure que s’il estime que l’un de ses personnages ne fonctionne pas et s’il cherche à comprendre pourquoi.

Avant d’expliquer le schéma ci-dessous plus en détail, il me semble important de préciser ceci : si un personnage ne doit pas être défini par son rôle dans l’intrigue, il sert néanmoins une fonction dans l’histoire et il doit s’y tenir. Par exemple, si vous faites assassiner un enfant de quatre ans pour provoquer une réaction chez votre lecteur, mais que celui-ci est indifférent au meurtre, parce que vous n’avez pas su rendre le petit garçon attachant, alors vous avez un problème dans votre texte. Et, il vous faut y remédier.

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Le schéma sur la gauche est un outil qui permet de positionner un personnage en fonction de l’effet recherché sur le lecteur. Le capital de sympathie est ma traduction pour le concept de « likeable« . Plus le curseur est haut dans cette échelle et plus la personne est, en théorie, sympathique. Seulement, je vais expliquer un petit peu plus loin que la chose est plus complexe que le simple capital de sympathie. Vous même, combien de fois avez-vous détesté quelqu’un de très gentil ?

La compétence est le savoir-faire de votre personnage. Ici, plus le curseur sera haut et plus vous mettrez en exergue ses compétences / plus il parviendra donc à résoudre ses problèmes aisément. La compétence est également un savoir être. Par exemple, Sam Gamegie est très compétent à être un ami. En d’autres termes, tous vos personnages ont des compétences, et il vous revient, à vous, l’auteur, de les mettre en avant ou non en fonction de vos besoins.

En ce qui concerne le fait d’être actif, il s’agit tout bonnement d’être le moteur ou non de l’histoire. Plus le curseur est haut dans le schéma, plus le personnage est au coeur de votre intrigue, et plus il la fait avancer.

Par exemple, le protagoniste principal de Mr Robot echelle-de-competence-mr-robotest très bon dans le piratage informatique. Il utilise ses compétences pour aider les autres et faire mettre en prison des individus peu recommandables. Il essaie de surmonter ses handicapes psychiatriques. En revanche, il est moins compétent dans ses relations sociales et il espionne toute le monde. Il ment beaucoup. Aussi, le curseur serait peut-être le suivant (ici, il ne s’agit que de mon appréciation personnel).

En d’autres termes, il s’agit d’un personnage légèrement plus sympathique que la moyenne et relativement actif. En revanche, ce qui le sépare du commun des mortels, ce sont ses compétences en informatique.

Ici, je me permets un intermède rapide (étant donné la longueur de l’article, je crois que je ne suis plus à quelques lignes supplémentaires). Brandon Sanderson détaille également une autre échelle.

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Selon lui, l’évolution classique du héros, comme Luke Skywalker par exemple, est de se mouvoir lentement du statut d’homme normal vers celui de Superman. Il s’agit ici de gagner en compétences. Car, il est important de le préciser, ces schémas de personnage ne sont pas figés. Ils évoluent au cours de l’histoire et il revient à l’auteur de le gérer dans le sens qui lui convient. Si par exemple, vous voulez donner, comme au héros de Mr Robot, un aspect plus humain, vous le montrer en train de bégayer et de ne pas savoir quoi dire dans une situation banale. En revanche, si vous voulez accentuer son côté supérieur (hyper-compétence), vous évitez de le montrer dans une situation embarrassante et vous le montrer en train de mettre à jour un réseau de pédo-pornographie (cf la première scène du premier épisode – il n’y a donc aucun spoiler ici). De nos jours, le curseur a tendance à naviguer entre les deux. Il y a très peu de Superman, car si le personnage est trop compétent, alors la notion de conflit est moins prégnante (le personnage obtient ce qu’il veut) et la tension narrative est moins forte – d’où, probablement, le choix d’introduire d’autres Kryptoniens dans le film Man of Steel en 2013 pour contrebalancer le déséquilibre.

Pour en revenir au premier schéma, si par exemple, vous recherchez à créer un « vilain » fort et efficace, voici ce qu’il vous faudrait atteindre :

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Au cours de sa carrière, Brandon Sanderson a remarqué que les spectateurs (pour les films) ou les lecteurs trouvaient un personnage actif plus intéressant qu’un protagoniste passif. Le premier donne l’illusion de faire progresser l’intrigue, alors que le second donne l’illusion de la freiner. Cependant, il est nécessaire d’être vigilant avec ce schéma-ci, comme l’illustre le Joker dans le film The Dark Knight. Si votre but n’est pas de rendre votre méchant sympathique, à l’utiliser comme moteur de tout votre récit, vous risquez d’obtenir l’effet inverse : votre « héros » sera moins aimé que votre « méchant ». Ainsi, pour beaucoup, la vedette de The Dark Knight est le Joker, et Batman serait presque un personnage secondaire. Si c’est l’objectif que vous visez, alors il n’y a  aucun problème. En revanche, si vous désirez toujours avoir un héros plus apprécié par votre lecteur que votre « vilain », il vous faudrait peut-être un schéma comme celui-ci :

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Ou alors, il vous faudra faire en sorte de rendre votre héros plus actif encore que votre « méchant ».

Pour créer un héros qui est mis dans une situation qui le dépasse (mais vous voulez qu’il soit apprécié par le lecteur), il semble que le schéma suivant serait le bon:

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Pour expliquer comment augmenter le capital de sympathie de vos personnage, Brandon Sanderson utilise le stéréotype d’Hollywood : si les scénaristes veulent un fort capital de sympathie, alors leur personnage caresse le chien. S’ils veulent au contraire un protagoniste antipathique, il donne un coup de pied à l’animal. Ici, voici quelques trucs si vous avez besoin d’augmenter le capital de sympathie de vos personnages :

  • Quelqu’un sur qui on peut compter
  • Quelqu’un qui a un but
  • Quelqu’un qui a des préoccupations dans sa vie de tous les jours
  • Quelqu’un qui a des passions / des sentiments
  • Quelqu’un de gentil
  • Quelqu’un qui a des amis
  • Quelqu’un qui inspire la confiance
  • Qelqu’un qui a des peurs

Si au contraire, vous désirez baisser le capital sympathie de votre personnage, alors Brandon Sanderson suggère que votre protagoniste apparaisse comme le frein de votre intrigue, le grain de sable qui enraie la machine bien huilé. De même, je me souviens, à titre personnel, avoir éprouvé une violente colère à l’égard du chef de la colonie, dans le roman Empire of Dust. Ce personnage-ci était buté dans ses préjugés au point d’en devenir complètement stupide – alors qu’au début, il était plus ou moins présenté comme quelqu’un de sympathique et plein d’espoir. Il y a donc d’autres manières de faire tomber le capital sympathie.

Bon, voilà. Je n’ai, bien entendu, pas fait le tour de la question mais je pense avoir bien déblayer le terrain en vous livrant une grande partie de ce que je sais sur le sujet.

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