La perspective narrative ou la focalisation (point de vue narratif) : généralités

La focalisation est un outil fondamental pour tout écrivain, qu’il soit confirmé ou non. Il s’agit de positionner le lecteur dans un récit. Si un texte était une région géographique, la perspective narrative serait une carte que le lecteur peut utiliser pour s’orienter (pour utiliser une comparaison un petit peu houelbecquienne, on pourrait ainsi considérer qu’une histoire, n’est qu’une carte représentant une interprétation de la réalité – y compris la SF ; oui, j’assume !). La carte de géographie donne les échelles, les reliefs et, d’une certaine manière, établit un contrat implicite entre son utilisateur et son concepteur (à savoir, si la carte annonce la présence d’un fleuve à deux kilomètres à l’Ouest, derrière la Colline A, alors, le voyageur s’attend à trouver ce même fleuve et non une usine au milieu d’un désert…). C’est donc la perspective narrative qui va aider le lecteur à se positionner dans le texte (élément spatio-temporel) et donc comprendre l’histoire dans sa globalité. Pour reprendre le texte de Jean Kaempfer et Filippo Zanghi :

« Une première définition générale peut donc être donnée: la focalisation désigne le mode d’accès au monde raconté, selon que cet accès est, ou n’est pas, limité par un point de vue particulier. »

Ici, je ne vais pas entrer dans les détails des classifications et les querelles de spécialistes (je n’en ai ni les compétences ni l’envie). Si vous désirez consulter un article scientifique sur le sujet, je vous invite à consulter de manière approfondie le texte de Jean Kaempfer et Filippo Zanghi (Université de Lausanne). Mon but est tout autre. Je vais simplement me contenter d’une explication pratique à l’usage d’un écrivain en herbe qui fait des recherches pour découvrir quel point de vue narratif servira le mieux son récit.

Il existe plusieurs sortes de focalisations (ou d’échelles, pour continuer l’analogie de la carte de géographie). D’emblée, il me semble important de préciser qu’un changement d’échelle n’est pas un problème s’il est bien délimité et bien indiqué. L’utilisateur le prendra en compte sans même y réfléchir (combien de fois a-t-on vu la Corse dans des endroits incongrus mais délimité par un cadre épais qui nous signale que, dans la réalité, l’Ile de Beauté ne se situe pas à cet endroit étrange ?). En revanche, si le géographe modifie l’échelle de sa carte sur une petite portion sans prévenir son utilisateur, je suis persuadé que le voyageur sera ravi de se sentir perdu en territoire inconnu…

Un texte fonctionne de la même manière. Des changements d’échelle, de perspectives narratives, ne sont pas un problème si elles sont bien délimitées et pas trop fréquentes. En revanche, si vous structurez mal votre récit et si vous délimitez mal vos éventuels changements de perspectives narratives, alors le lecteur sera perdu et vous avez de grandes chances qu’il abandonne votre histoire en cours de route.

De façon grossière on pourrait distinguer trois types de focalisation :

– la focalisation interne (première personne ou troisième personne).

– la focalisation externe (caméra de cinéma).

– la focalisation zéro (point de vue omniscient).

S’il est important de tenter de respecter la spécificité de chacun d’eux lors de la rédaction, il est tout aussi important de comprendre que l’écrivain est le maître de son oeuvre : s’il décide que l’effet est meilleur par un changement de perspective narrative et qu’il balise bien son travail de façon à ne pas perdre son lecteur, alors il aurait tort de se priver… Après, il lui faut songer que ce faisant il peut affaiblir la structure de sa narration et rendre son histoire moins attrayante. C’est un parti pris, un choix et une décision que personne ne peut effectuer à sa place…